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L’ expo qui parle du faux : vraie censure du Libre à la Cité des sciences

La censure est mon ennemie littéraire, la censure est mon ennemie politique. La censure est de droit improbe, malhonnête et déloyale. J’accuse la censure.

Correspondance, 1830 (Victor Hugo)


Actuellement, la Cité des Sciences et de l’Industrie consacre une exposition intitulée « CONTREFAÇON, la vraie expo qui parle du faux » . A cette occasion, Mme Isabelle Vodjdani, a été contactée afin d’ écrire et enregistrer un texte  définissant le Libre, ses enjeux et ses perspectives… Le texte devait être présenté dans un coin de l’exposition, en version écrite et audio (à partir de Bornes audio).

À la dernière minute, sur l’injonction de l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle), principal sponsor de l’exposition, la Cité des Sciences et de l’Industrie a été sommée de retirer ce texte, élément faisant pourtant partie de cette exposition…

L’ironie de cette histoire est sans aucun doute que ce texte, s’il n’avait pas été censuré serait passé complètement inaperçu.

Qu’est-ce qui fait autant peur à l’INPI et aux industriels qu’elle représente ?

  • Que le Libre est un grand vecteur d’innovation ?
  • Que le Libre concourt à l’éducation populaire ?
  • Que le Libre fait émerger une alternative au modèle économique construit sur   l’organisation de la rareté et de la captation des consommateurs ?

Le C « inversé » est le symbole du copyleft

Sans doute un peu tout cela ! Mais l’INPI aurait été mieux inspirée de  se méfier de l’effet prophylactique du Libre. Ce qui définit le Libre, c’est entre autre la liberté de réaliser des copies d’une oeuvre sous les conditions définies par sa licence (la Licence Art Libre en l’espèce): le fameux texte d’Isabelle Vodjdani, de part sa licence, nous confère donc le droit de publier en toute légalité et dans le complet respect de la propriété intellectuelle, l’intégralité du texte qu’a voulu censurer l’INPI.

Finalement…  ce texte, parce qu’il est Libre, trouvera son public au-delà de celui qu’il aurait pu trouver à la Cité des Sciences, démontrant une nouvelle fois l’obsolescence de certains modèles de pensée.

À noter que l’on retrouve parmi les partenaires de l’exposition, des spécialistes en modes de pensée obsolètes puisque les promoteurs d’HADOPI, de DADVSI et des désormais tristement célèbres verrous numériques, les fameux DRM sont en bonne place parmi les sponsors de l’exposition (SACEM, ALPA, etc).

L’histoire est relatée par Isabelle Vodjdani : http://www.transactiv-exe.org/spip.php?article141

Halte à la censure, voici le texte :

Le libre, un phénomène en expansion

Dans le cadre du droit d’auteur qui protège les créations littéraires et artistiques, un nombre croissant d’auteurs choisissent de mettre leurs œuvres à la disposition du public avec un type de contrats bien spécifiques qu’on appelle des licences libres. Ces licences autorisent quiconque à diffuser des copies de l’œuvre. Elles l’autorisent également à publier sous sa propre responsabilité d’auteur des versions modifiées de l’œuvre. Ces autorisations sont assorties de deux conditions :

Premièrement, il faut mentionner l’auteur de l’œuvre initiale et donner accès à ses sources

Deuxièmement, les copies ou versions modifiées de l’œuvre doivent être publiées avec les mêmes autorisations.

Les œuvres libres sont nécessairement divulguées avec une licence qui garantit ces conditions. Parmi ces licences, on peut citer la GNU GPL, pour les logiciels, et la Licence Art Libre, pour les œuvres culturelles. Le domaine des œuvres libres n’est donc ni une zone de non droit ni assimilable au gratuit. D’ailleurs les anglo-saxons associent le mot français « libre » au mot « free » pour écarter toute confusion, car il y a des œuvres gratuites qui ne sont pas du tout libres, et il y a des œuvres libres payantes.

On parle aussi du « monde du libre » pour désigner l’ensemble des acteurs qui participent à la promotion et au développement du domaine du libre. Ce mouvement s’inspire des usages qui régissent la circulation des connaissances dans les milieux académiques. Mais depuis 1983, ce sont les développeurs de logiciels qui sont à l’avant-garde de ce mouvement et de sa formalisation juridique, car dans ce secteur d’activité la nécessité d’innovation est constante et les utilisateurs ont tout intérêt à mettre la main à l’ouvrage pour améliorer les défauts d’un logiciel ou l’adapter à leurs besoins. Ainsi, ils deviennent à leur tour auteurs.

Ce modèle de développement correspond aux aspirations d’une société démocratique composée de citoyens qui apportent une contribution constructive à la vie publique et ne se contentent pas d’être seulement gouvernés. L’intérêt que suscite le Libre est donc d’abord d’ordre politique. Cet intérêt est exacerbé par le fait que les législations de plus en plus restrictives sur le droit d’auteur évoluent à contresens de l’intérêt du public et deviennent des freins pour la création. Dans ce contexte, les licences libres apparaissent comme une issue légale et pragmatique pour constituer un domaine dans lequel les obstacles à la diffusion et à la réutilisation créative des œuvres sont levés.

Dans le domaine de la création artistique et de la publication scientifique, le modèle du libre correspond aussi à une réalité sociale. C’est l’émergence d’une société d’amateurs qui, à la faveur d’un meilleur accès à l’éducation, au temps libre, aux moyens de production et de communication, s’invitent sur la scène en bousculant parfois les positions établies. Ces amateurs sont les vecteurs, les acteurs et les transformateurs de la culture, ils en sont le corps vivant ; sans eux les œuvres resteraient « lettre morte ».

Depuis le 19ème siècle, avec la création des musées et la naissance du droit d’auteur, notre culture a privilégié les moyens de la conservation pour assurer la pérennité des œuvres. Aujourd’hui, les supports numériques et internet sont en train de devenir les principaux moyens de diffusion des œuvres. Certes, internet est un puissant moyen de communication, mais il n’a pas encore fait ses preuves en tant que moyen de conservation. Ce qui se profile avec le modèle du libre, c’est que parallèlement aux efforts de conservation dont le principe n’est pas remis en cause, une autre forme de pérennisation retrouve sa place dans notre culture ; il s’agit de la transmission, qui fonde aussi la tradition. Or, l’acte de transmission passe par un processus d’appropriation (on ne peut transmettre que ce qu’on a déjà acquis ou assimilé), et cela implique des transformations qui font évoluer les œuvres. C’est la condition d’une culture vivante, une culture portée par des acteurs plutôt que supportée par des sujets.

Isabelle Vodjdani

Une rédaction collégiale par : Kinux, Taziden, Gtom